Auteur – Entrevue Achdé

Entrevue réalisée avec Achdé, le nouvel illustrateur de Lucky Luke, le 23 octobre 2003 lors du « Rendez-vous international de la bande dessinée de Gatineau 2003 »

Sébastien : Sur le prochain album de Lucky Luke, êtes-vous illustrateur et scénariste ou seulement illustrateur?

Achdé : Je suis illustrateur mais il arrive que j’apporte des petits dialogues et parfois des « gags ». C’est un travail d’équipe mais c’est Laurent Gerra, célèbre humoriste, qui fait le plus gros du travail.

Sébastien : Connaissez-vous le personnage de Lucky Luke depuis longtemps?

Achdé : Oui. En France, Lucky Luke est comme la bible pour un curé. C’est un truc qu’on commence à lire tout de suite. C’est un des maîtres de la BD, une référence. Moi j’ai eu envie de lire Lucky Luke car ça m’a donné le goût de dessiner, de m’échapper, c’est une sorte d’évasion. Il (Lucky Luke) fait parti des 3 grandes séries qui inspiré à faire ce métier, en occurrence Astérix et bien sûr Spirou et Fantasio. Donc, les 3 grands maîtres étaient Morris, Uderzo et Franquin. C’est ça qui m’a poussé à faire ce travail parce que j’en rêvais depuis que j’étais petit. Comme anecdote, Lucky Luke a été le premier album que j’ai acheté avec mon argent.

Sébastien : Vous rappelez-vous de quel album il s’agissait?

Achdé : Ah oui! Je l’ai encore, c’est un truc qui m’a marqué à jamais! J’avais fauché l’argent de la quête pendant 6 semaines parce que ça coûtait cher et je l’ai acheté à environ 6.75F. Il y a encore le prix à l’intérieur, en 1968 et c’était Lucky Luke contre Phil Defer. Je l’ai toujours dans ma bibliothèque.

Sébastien : Quel a été votre réaction lorsque vous avez été choisi pour continuer l’oeuvre de Morris?

Achdé : Au début on n’y croit pas trop, on a du mal à réaliser. Mais surtout, j’avais un sentiment mêlé de pur plaisir et de grande fierté. C’est à dire qu’on a la chance de se pencher sur un personnage aussi extraordinaire et de passer après un maître de la BD comme Morris. Mais d’un autre côté, on est très intimidé tous les jours en essayant d’approcher des qualités de la personne qui vous a fait rêver. Donc, d’un côté j’ai le côté lecteur, ce qui veut dire que j’ai toujours 8 ans, je suis toujours face à Lucky Luke contre Phil Defer et il y a aussi le côté professionnel car je dois faire une reprise qui est très difficile. Je veux la faire le mieux possible, je veux donner le plus de plaisir possible au lecteur nouveau et en même temps satisfaire les anciens lecteurs, ceux qui connaissent parfaitement l’oeuvre. (Évidemment, il ne faut pas abîmer cette oeuvre et conserver le plaisir des héritiers de Morris.) Pour moi c’est ça le plus important.

Sébastien : Étiez-vous le seul candidat?

Achdé : Honnêtement, je n’en sais rien. Au départ, j’avais travaillé sur un projet de reprises des aventures de Rantanplan. Cela a été fait du vivant de Morris et il avait apprécié le travail mais entre-temps, il est décédé. On avait fait un certain nombre de gags, de pages d’albums car dans ce projet c’est ce que je devais réaliser. Morris avait alors demandé de continuer la vie de Lucky Luke et on m’a ainsi approché pour que je fasse un essai sur Lucky Luke. J’étais très flatté et touché par cette demande. Je me suis donc mis au boulot, en ayant déjà le plaisir de continuer cette œuvre. Imaginez, moi petit dessinateur français, je pouvais maintenant espérer prendre la relève de Morris. J’ai remis mon essai et le temps s’est écoulé. Et finalement, le téléphone sonna pour m’annoncer que mon rêve deviendrait maintenant réalité et pour moi, ce métier est du bonus en permanence.

Sébastien : Avez-vous peur que les lecteurs vous comparent trop avec Morris?

Achdé : C’est vrai qu’automatiquement il y aura une comparaison. J’ai fait un petit album s’intitulant « Le cuisinier français » et j’ai eu la chance de ne pas avoir de mauvaises critiques. Cet album c’est quand même bien vendu. Je pense que les gens n’ont pas été trop déçu par mon adaptation mais, selon moi, « La belle province », titre du nouvel album, est supérieur au niveau graphique. Je le trouve de meilleure qualité, mais je pense qu’il y aura malgré tout des imperfections, donc il faudra que ça progresse et c’est mon but afin d’arriver à approcher des capacités de Morris.

Sébastien : Est-ce votre première idée que de faire voyager Lucky Luke au Québec?

Achdé : Non, c’était l’idée de Laurent Gerra (le scénariste) et j’ai trouvé que c’était une idée formidable. Laurent Gerra est un fanatique de Goscinny et c’est vrai que Goscinny était un scénariste prolifique qui faisait bouger beaucoup ses personnages. On s’est aperçu que Lucky Luke voyageait beaucoup moins depuis les 10 dernières années. C’est de là que Laurent eu l’idée de le faire voyager et naturellement il a pensé au Québec parce que c’est le far-west des Français finalement. On s’est dit que ce serait génial et donnerait un petit coup de chapeau aux Québécois. Faire un album un peu à la façon Goscinny, c’est à dire montrer le Québec, ses habitants, montrer un petit peu ce côté gaulois qui résiste à l’envahisseur [rire].

Sébastien : Est-ce que l’album « La belle province » rassemblera à l’album « Les Dalton dans le blizzard »?

Achdé : Non pas vraiment car dans « Les Dalton dans le blizzard », ça se passait essentiellement en forêt, on peut estimé que l’action se déroulait plutôt en Saskatchewan ou aux limites de l’Alberta dans un zone d’or. À la limite, je pensais même au Yukon car c’est là-bas qu’il y avait la recherche de l’or. Je pense qu’il avait fait un Canada un peu Western. Même si on a inventé des villages, il y aura des indications, telles que la piste de Châteauguay, la route de Trois-Rivières. L’histoire se passe durant la grande époque Western, vers 1870, donc après la guerre de sécession, à une période ou il y a encore des pistes, des diligences qui font Montréal limite Sherbrooke, même si je ne sais pas si Sherbrooke existait à l’époque. De toute façon on ne parle pas de Sherbrooke [rire]. C’est vrai qu’on aurait pu parler de Sherbrooke et de toutes les villes du Québec. On a cité quelques grands lieux mais on a surtout essayé d’évoquer une ville idéale québécoise. Si on avait simplement mis une ville, à proprement parler, les gens se seraient dit qu’on n’a pas parlé de la nôtre tandis que là c’est plus sympa de parler du Québec à travers des phrases et des dialogues.

Sébastien : Quel est le personnage que vous aimez le plus dessiner dans l’environnement de Lucky Luke ?

Achdé : J’aime bien dessiner Jolly Jumper parce que j’adore dessiner les chevaux même si c’est une horreur à dessiner tellement c’est difficile. J’aime également dessiner Joe Dalton car il est petit et pénible.

Sébastien : En général, que pensez-vous du Québec car je crois que c’est votre première visite ?

Achdé : Non, ce n’est pas ma première visite. J’ai un peu de famille qui vit ici. Pour moi, le Québec, c’est le petit morceau de France en Amérique du Nord ! Vous êtes les cousins ! Donc, on se retrouve un petit peu et vous êtes tellement accueillants. Le pays est toujours très chouette. On est toujours aussi heureux de voir que vous continuez à vous battre pour le particularisme francophone, ça nous rassure et ça nous fait chaud au cœur. Mais d’un autre côté on vous le rend bien parce qu’actuellement c’est le film « Les invasions barbares » qui est en train de faire un tabac chez nous.

Sébastien : Je vous remercie beaucoup pour cette entrevue et ce fût un grand plaisir de vous rencontrez.

Photo réalisé 23 le octobre 2003 lors du
« Rendez-vous international de la bande dessinée de Gatineau 2003 »

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